Il y a cinquante ans, un homme avait parfaitement saisi, avec une clairvoyance remarquable, la nature de ce qui deviendrait le front républicain contre l’extrême-droite.
"À constater l’ampleur de la crise -elle n’est pas seulement française et bien d’autres pays la subissent- qui sévit à la fois dans l’Université et dans l’Église, qui atteint et la langue maternelle et la religion maternelle, on ne peut pas ne pas se demander si l’on ne se trouve pas devant une vaste entreprise, concertée par certains, inconsciemment servie par l’aveuglement de certains autres, favorisée par l’insatisfaction de beaucoup, et qui aurait pour fin de couper les nouvelles générations des acquis ancestraux.
"Les conditions d’une révolution n’étant pas réunies, et les chances semblant maigres, à ceux qui souhaitent une subversion radicale des sociétés, de se saisir du pouvoir soit par l’effet d’un conflit international, soit par le jeu des institutions en place, le seul moyen de transformer le monde consisterait alors à ne pas transmettre l’héritage culturel, en tout cas pas dans sa totalité. Ainsi, travaillant à échéance, formerait on des générations qui ne pourraient plus penser l’homme, ni le monde, ni Dieu, selon les schémas ancestraux, et dès lors n’offriraient plus aucune résistance à basculer dans un nouveau type de société.
"Pour inconscients qu’en soient la plupart de ceux qui y participent, cette conspiration du rejet n’en est pas moins perceptible et inquiétante. Elle pèse sur l’Université où les réformateurs préconisent de donner priorité à la langue parlée sur la langue écrite, donc au tâtonnant et au malléable sur le réfléchi et le durable ; où l’accent est mis sur la libération des facultés de l’enfant -de quoi faut-il donc le libérer avant qu’il ait été opprimé, sinon du patrimoine et des moyens d’en prendre possession ? où l’étude des langues anciennes est décrétée d’inutilité, et la part faite aux œuvres datant de plus d’un siècle constamment réduite, comme si tout cela ne devait plus constituer qu’une sorte de paléontologie de la pensée humaine.
"Or l’Église, elle aussi, est enseignante par nature. Elle est héritière, dépositrice, d’un patrimoine culturel qui est antérieur même au message évangélique. Elle transmet une certaine conception du monde d’où découle une certaine morale. Et c’est à partir de cette morale que se fait le droit et que se font les lois. L’Église est donc l’autre pilier qu’il faut faire céder, l’autre racine maîtresse, et la plus ancienne et la plus profonde, qu’il faut, rite par rite, tradition par tradition, dogme par dogme, saper ou scier. Ainsi l’arbre pourra s’abattre à la première tornade, ou simplement se coucher, d’épuisement. Ainsi l’on pourra fabriquer un homme nouveau pour un monde nouveau."
Maurice DRUON - 1972
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Une République qui se trompe de France
Wokisme, cancel culture, "du passé faisons table rase" : les intuitions de Maurice Druon
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Wokisme, cancel culture, "du passé faisons table rase" : les intuitions de Maurice Druon
extraits de l'article de Aurélien Marc - "Causeur" - 9 juillet 2025
Il y a cinquante ans, un homme avait parfaitement saisi, avec une clairvoyance remarquable, la nature de ce qui deviendrait le "front républicain contre l’extrême-droite.". Cet homme, c’est Maurice Druon.
Ce "front républicain" est l’alliance de ceux qui veulent une tornade pour abattre l’arbre (LFI, EELV) et de ceux qui préfèrent l’épuiser jusqu’à ce qu’il se couche (le PS, la macronie). Tous ne veulent pas le même homme nouveau ni le même monde nouveau, "Nouvelle France créolisée" ou "Start up nation". Mais tous veulent le "basculement" dans un nouveau type de société
La priorité de tous les membres de cette alliance du "front républicain", ce qui les rassemble, c’est que d’une manière ou d’une autre l’arbre -cette colonne vertébrale collective, acquis ancestral qui a donné aux peuples occidentaux la capacité de se dresser contre les fanatiques, contre les tyrans et contre les pillards- cet arbre doit tomber.
D’où le désarmement juridique, politique, intellectuel et surtout moral des "gueux", d’où la "justice" trop souvent complaisante envers les racailles et implacable envers les gens ordinaires, d’où la censure, l’archipellisation, l’exaltation permanente des minorités vagissantes, et ainsi de suite....
D’où l’écologie, ou plus exactement l’éco-anxiété soigneusement inculquée dès l’enfance par l’école "républicaine", obsession en laquelle certains voient les "conditions d’une révolution", tandis que d’autres se limitent à en faire le prétexte d’une politique toujours plus liberticide d’humiliation, de spoliation et de contrôle des classes moyennes.
D’où aussi, l’immigration massive : ferment de tornade espèrent les uns, et pour les autres prétexte au dumping social et surtout au multiculturalisme, qui dissout la décence commune dans un relativisme faussement qualifié de "tolérance" afin d’abolir notre art de vivre, de déconstruire la vergogne, le sens du devoir, l’honneur, toutes ces règles non-écrites qui fondent une société, et pour les remplacer par le seul droit positif et l’ingénierie sociale