• Mercredi 15 avril 2020 - 16h. 12

     

     La Cathédrale.

    textes extraits de "la Cathédrale" de J.-K Huysmans

    Cathédrale

    Au fond, se disait Durtal qui rêvait sur la petite place, au fond, personne ne connaît au juste l’origine des formes gothiques d’une cathédrale. Les archéologues et les architectes ont vainement épuisé toutes les suppositions, tous les systèmes ; qu’ils soient d’accord pour assigner une filiation orientale au Roman, cela peut, en effet, se prouver. Que le Roman procède de l’art latin et byzantin, qu’il soit, suivant une définition de Quicherat, "le style qui a cessé d’être romain, quoiqu’il tienne beaucoup du romain, et qui n’est pas encore gothique, bien qu’il ait déjà quelque chose du gothique", j’y consens ; et encore, si l’on examine les chapiteaux, si l’on scrute leurs contours et leurs dessins, s’aperçoit-on qu’ils sont beaucoup plus assyriens et persans que romains et byzantins et gothiques ; mais quant à avérer la paternité même du style ogival, c’est autre chose.

    Puis, il faut bien le dire tout de suite, l’ogive ou plutôt l’arc tiers-point que l’on s’imagine encore être le signe distinctif d’une ère en architecture, ne l’est pas en réalité, comme l’ont très nettement expliqué Quicherat et, après lui, Lecoy de la Marche. 

    Du reste, les preuves de l’ogive employée en même temps que le plein-cintre, d’une façon systématique, dans la construction d’un grand nombre d’églises romanes, abondent : à la cathédrale d’Avignon, de Fréjus, à Notre-Dame d’Arles, à Saint-Front de Périgueux, à Saint-Martin d’Ainay à Lyon, à Saint-Martin-des-Champs à Paris, à Saint-Etienne de Beauvais, à la cathédrale du Mans et en Bourgogne, à Vézelay, à Beaune, à Saint-Philibert de Dijon, à la Charité-sur-Loire, à Saint-Ladre d’Autun, dans la plupart des basiliques issues de l’école monastique de Cluny.

    Mais tout cela ne renseigne point sur le lignage du Gothique qui demeure obscur, peut-être parce qu’il est très clair. Sans se gausser de la théorie qui consiste à ne voir dans cette question qu’une question matérielle, technique, de stabilité et de résistance, qu’une invention de moines ayant découvert un beau jour que la solidité de leurs voûtes serait mieux assurée par la forme en mitre de l’ogive que par la forme en demi-lune du plein-cintre, ne semble-t-il pas que la doctrine romantique, que la doctrine de Châteaubriand dont on s’est beaucoup moqué et qui est de toutes la moins compliquée, la plus naturelle, soit, en effet, la plus évidente et la plus juste.

    Il est à peu près certain pour moi, poursuivit Durtal, que l’homme a trouvé dans les bois l’aspect si discuté des nefs et de l’ogive. La plus étonnante cathédrale que la nature ait, elle-même, bâtie, en y prodiguant l’arc brisé de ses branches, est à Jumièges. Là, près des ruines magnifiques de l’abbaye qui a gardé intactes ses deux tours et dont le vaisseau décoiffé et pavé de fleurs rejoint un chœur de frondaisons cerclé par une abside d’arbres, trois immenses allées, plantées de troncs séculaires, s’étendent en ligne droite ; l’une, celle du milieu, très large, les deux autres, qui la longent, plus étroites ; elles dessinent la très exacte image d’une nef et de ses bas-côtés, soutenus par des piliers noirs et voûtés par des faisceaux de feuilles. L’ogive y est nettement feinte par les ramures qui se rejoignent, de même que les colonnes qui la supportent sont imitées par les grands troncs. Il faut voir cela, l’hiver, avec la voûte arquée et poudrée de neige, les piliers blancs tels que des fûts de bouleaux, pour comprendre l’idée première, la semence d’art qu’a pu faire lever le spectacle de semblables avenues, dans l’âme des architectes qui dégrossirent, peu à peu, le Roman et finirent par substituer complètement l’arc pointu à l’arche ronde du plein-cintre.

    .../...

    Elles sont surhumaines, vraiment divines, quand on y songe, les cathédrales !

    Parties, dans nos régions, de la crypte romane, de la voûte tassée comme l’âme par l’humilité et par la peur, se courbant devant l’immense Majesté dont elles osaient à peine chanter les louanges, elles se sont familiarisées, les basiliques, elles ont faussé d’un élan le demi-cercle du cintre, l’ont allongé en ovale d’amande, ont jailli, soulevant les toits, exhaussant les nefs, babillant en mille sculptures autour du chœur, lançant au ciel, ainsi que des prières, les jets fous de leurs piles ! Elles ont symbolisé l’amicale tendresse des oraisons ; elles sont devenues plus confiantes, plus légères, plus audacieuses envers Dieu.

    Toutes se mettent à sourire dès qu’elles quittent leur ossature chagrine et s’effilent.

    Le Roman, je me figure qu’il est né vieux, poursuivit Durtal, après un silence. Il demeure, en tout cas, à jamais ténébreux et craintif.

    Encore qu’il ait atteint, à Jumièges, par exemple, avec son énorme arc doubleau qui s’ouvre en un porche géant dans le ciel, une admirable ampleur, il reste quand même triste. Le plein-cintre est en effet incliné vers le sol, car il n’a pas cette pointe qui monte en l’air, de l’ogive.

    Ah ! les larmes et les dolents murmures de ces épaisses cloisons, de ces fumeuses voûtes, de ces arches basses pesant sur de lourds piliers, de ces blocs de pierre presque tacites, de ces ornements sobres racontant en peu de mots leurs symboles ! le Roman, il est la Trappe de l’architecture ; on le voit abriter des ordres austères, des couvents sombres, agenouillés dans de la cendre, chantant, la tête baissée, d’une voix plaintive, des psaumes de pénitence. Il y a de la peur du péché, dans ces caves massives et il y a aussi la crainte d’un Dieu dont les rigueurs ne s’apaisèrent qu’à la venue du Fils. De son origine asiatique, le Roman a gardé quelque chose d’antérieur à la Nativité du Christ ; on y prie plus l’implacable Adonaï que le charitable Enfant, que la douce Mère. Le Gothique, au contraire, est moins craintif, plus épris des deux autres Personnes et de la Vierge ; on le voit abritant des ordres moins rigoureux et plus artistes ; chez lui, les dos terrassés se redressent, les yeux baissés se relèvent, les voix sépulcrales se séraphisent.

    Il est, en un mot, le déploiement de l’âme dont l’architecture romane énonce le repliement. C’est là, pour moi du moins, la signification précise de ces styles, s’affirma Durtal.

     .../...

    Et au-dessus de la ville, indifférente, la cathédrale seule veillait, demandait grâce, pour l’indésir de souffrances, pour l’inertie de la foi que révélaient maintenant ses fils, en tendant au ciel ses deux tours ainsi que deux bras, simulant avec la forme de ses clochers les deux mains jointes, les dix doigts appliqués, debout, les uns contre les autres, en ce geste que les imagiers d’antan donnèrent aux saints et aux guerriers morts, sculptés sur des tombeaux. 

    (sources: https://fr.wikisource.org ) 

    Lundi 15 avril 2019 

    L’incendie de Notre-Dame de Paris est un incendie majeur survenu à la cathédrale Notre-Dame de Paris, les 15 et 16 avril 2019, pendant près de 15 heures.

    Mercredi 15 avril 2020 - 16h. 12

    Le sinistre se déclare en début de soirée à l'intérieur de la charpente de la cathédrale et prend rapidement une grande ampleur. Les flammes détruisent intégralement la flèche, les toitures de la nef et du transept et la charpente. En s'effondrant, la flèche provoque l'écroulement de la voûte de la croisée du transept, d'une partie de celle du bras nord et de celle d'une travée de la nef. L'intervention de centaines de pompiers, jusqu'au lever du jour, permet de sauver la structure globale de l'édifice et d'épargner les deux tours, ainsi que la façade occidentale, le trésor et l'essentiel des œuvres d'art de la cathédrale. Il s'agit du plus important sinistre subi par la cathédrale depuis sa construction.

    L'incendie entraîne une très forte émotion, tant en France que dans le reste du monde, ainsi qu'une importante couverture médiatique. Le président de la République, Emmanuel Macron, annonce immédiatement vouloir reconstruire la cathédrale dans un délai de cinq ans.

    (source : https://fr.wikipedia.org/ )

     

     

     
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  • Commentaires

    1
    Mercredi 15 Avril à 16:49

    Plus que quatre ans.

      • Mercredi 15 Avril à 17:27

         @ Pangloss...!

        "plus que 4 ans...", APRES la fin du confinement: 

        Coronavirus : des mesures de distanciation sociale nécessaires jusqu’en 2022 ?

        Selon une étude de chercheurs de l’université d’Harvard, il faudra osciller entre confinement et ouverture afin de prévenir une nouvelle vague.

        mad cry ...

         

         

    2
    Mercredi 15 Avril à 22:04
    Carine
    Quel magnifique texte !
    Merci Bedeau.
    3
    Jeudi 16 Avril à 14:59
    Jcques Etienne

    Il parlait aussi bien, ce Durtal, que J.K. Huysmans écrivait. Seulement, il se pourrait que son long monologue ait un peu lassé son auditoire... Il se trouve que je suis un fervent amateur d'art roman mais il est indéniable que le gothique, par les possibilités techniques qu'il offrit constituait une forme de "progrès" par rapport au roman ou au pré-roman en matière d'élégance des formes. Ce que Duby a écrit au sujet de Suger et de son abbaye lumineuse me paraît plus intéressant que la thèse avance par M. Durtal en ce que les vertes frondaisons bordant les allées assombrissent la "nef" qu'on peut les imaginer former alors que la taille des fenêtres permise par l'ogive permet de mieux éclairer le temple  et favorise l'essor de l'art du vitrail comme en témoigne Notre-Dame de la Belle Verrière à Chartres où l'image de la Vierge (réemploi d'un vitrail roman sauvé de l'incendie de la cathédrale de Fulbert) n'occupe qu'une petite partie de la fenêtre où elle est encastrée.

      • Jeudi 16 Avril à 17:34

        @ Jacques Etienne...

         

        Je ne partage pas forcément l'avis de Durtal sur la franche opposition qu'il voit entre un "roman" frustre et craintif et à un "gothique" lumineux et ardent , mais plutôt une lente évolution à la fois spirituelle, politique, sociale, technique, etc... Mais, pour évoquer Notre-Dame de Paris, ce texte me semblait refléter assez bien la conception généralement admise de l'"art gothique" (même si la cathédrale en question est celle de Chartres...) 

         

        Sinon, en dehors des livres de Duby dont j'ai lu certains (dont l'"Europe au Moyen Age"), je me permets de vous indiquer quelques ouvrages qui m'accompagnent depuis... oui, au moins ça ! (et qui datent un peu... mais que vous devez connaître...)

        Marie-Madeleine Davy :"Initiation à la symbolique romane"

        Henri Focillon : "Le Moyen-Âge roman", et son pendant

        Henri Focillon : "Le Moyen-Âge gothique"

        et deux romans dont j'ai déjà parlé dans un vieil article

        Henri Vincenot : "Les étoiles de Compostelle", assez connu mais surtout

        Fernand Pouillon : "Les pierres sauvages"

         

        A peine hors-sujet, je suis, de loin-en-loin, l'avancée des travaux de la Basilique de la Sagrada Famillia de Barcellonne qui, hier, a envoyé sur Twitter un message de soutien à Notre-Dame de Paris

        Un an après le tragique incendie de la cathédrale @notredameparis, la Sagrada Famìllia envoie tout son soutien à ce merveilleux monument au style gothique, patrimoine mondial

    4
    Jeudi 16 Avril à 18:26
    Jcques Etienne

    Merci pour ces recommandations bibliographiques.

    Je garde de ma visite à la Sagrada Familia un souvenir ébloui. Et pourtant ce n'était pas gagné d'avance vu que tout ce que j'en avais vu avant me l'avait fait considérer comme un projet farfelu né d'un cerveau malade. Idem pour le Parc Guell. Je n'avais fait le voyage qu'afin de faire plaisir à ma compagne. Comme quoi...

    Mon goût pour le roman vient probablement de la simplicité modeste de ses lignes. Que contredit sa statuaire exubérante (Portails, modillons, chapiteaux). La peinture romane est également remarquable même si, comme à Saint-Savin-sur-Gartempe ne nous en reste que que le reflet pâli.

    Le gothique est parfois trop grandiloquent pour mon goût, surtout dans sa période tardive (en Angleterre notamment). Toutefois et même sur sa fin il a produit de belles choses (portail de l'Abbaye de la Trinité à vendôme, oeuvre, comme le clocher neuf de Chartres de Jehan de Beauce). Comme quoi rien n'est simple...

     

      • Jeudi 16 Avril à 20:41

        @ Jacques Etienne...

        J'aurais tendance à dire que l'art religieux (mais pas que...), en particulier l'architecture religieuse, mais aussi les objets liturgiques ou la musique et le chant s'inscrivent dans une continuité "sacrée" et "populaire" tant qu'ils sont inspirés et réalisés par des "artisans" (très souvent anonymes à quelques rares exceptions involontaires près), et qu'elle cesse quant elle devient une affaire d'"artistes", recherchés et honorés (sans forcément remettre en cause leur talent et leur sincérité).

        Schématiquement aux extrêmes:

        - Le "gothique flamboyant" et plus encore l'art "baroque" me semblent plus des exercices de style et des démonstrations d'habileté spectaculaires, une course à l'exploit et à la reconnaissance que des élans religieux.

        - Le "roman" primitif, jugé à tort spontané, naïf et maladroit transmettait un message évangélique et social (péremptoire ? simpliste ?) forts, et parfois non dénué d'humour, aux contemporains (dans un langage oublié).

        Il y a bien sur des exceptions...

        ( Les "chemins de Compostelle" sont une encyclopédie grandeur nature à ciel ouvert de cette diversité chronologique et géographique... mais c'est une autre histoire)

         

      • Souris donc
        Vendredi 17 Avril à 11:27

        Saint-Savin, une vraie BD. J'aime particulièrement Noé et son arche.

         

         

      • Vendredi 17 Avril à 14:59

         @ Souris donc....

        ...à ma grande honte, je ne connaissais que très (très... très...) superficiellement ce site ô combien remarquable tant par l'architecture de son abbatiale que par ses fresques...!

        J'ai appris que André Malraux (qui n'était pas le premier Lang ou Riester venu) l'avait qualifiée de "sixtine romane"

        (je ne résiste pas à publier une image de la voûte...:

        Merci pour la découverte...

        NB. : le premier qui ose encore dire que le "Moyen-Âge" était une période d'obscurantisme    mad intello !

    5
    Vendredi 17 Avril à 08:58
    Jcques Etienne

    Je serais assez de votre avis sur tout cela. Intéressant échange qui nous change du coronamachin (il n'y a pas que ça dans la vie et encore moins dans la mort)!

      • Vendredi 17 Avril à 16:33

        @ Jacques Etienne...

        C'est vrai que ce virus, né de l'accouplement d'un pangolin et d'une chauve-souris a tendance à devenir le sujet de conversation préféré des français (pour reprendre une expression médiatiquement consacrée)

        Même le fait de dire qu'on ne veut pas en parler revient un peu à en parler...

         (PS j'aime bien Marsault)

         

        Sinon, c'est vrai que parler d'autre chose, ça repose... Merci.

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