• L'évasion par la lecture

    Parce que, en cette période délétère savamment (si j'ose dire !) entretenue par les complotisses et les extrémisses de tout poils sur les blogs et les réseaux anti-sociaux, il est nécessaire de prendre un peu de recul cocasse et libérateur, causons un peu d'un livre de fiction déjà ancien mais plein de cocasserie et d'imagination :

     "Les Morticoles" - Léon Daudet (1894)

    "Un récit cynique et critique sur la médecine de l'époque"

     * toute ressemblance avec la médecine d'une autre époque que celle de Léon, etc... etc... 

    Étrennes

    Bonne et saine et joyeuse lecture, donc.

    Ou pas...

     

    Résumé :

    Félix Canelon, parti à la découverte du monde, échoue sur l'île des Morticoles, le pays où les médecins règnent en maîtres, sans partage et sans scrupule. Les médecins y forment une sorte d’oligarchie qui exploite les riches comme les pauvres au gré de leurs fantaisies diagnostiques ou thérapeutiques. Dans ce monde sans pitié régi par le Secours Universel, organisation étatique chargée de distribuer l’argent au profit d’une seule classe, après l’avoir chichement distribué aux plus pauvres, le suicide est bien sûr une porte de sortie non seulement tolérée, mais encouragée. Les personnes en souffrance, sans discrimination d’âge, de sexe ou de situation sociale peuvent s’adresser à du personnel idoine dans une Maison du Suicide gérée comme une maison d’hôte.

    Pour survivre, Félix deviendra lui-même médecin, passant des concours et recourant aux lèchements de pieds indispensables pour s'établir...

    L'évasion par la lecture

     

    vu par Cristine Peny, maitre de conférence, faculté de Droit et Science politique, université Aix-Marseille :

    Le médecin dans 'Les Morticoles' de Léon Daudet : législateur, juge et bourreau.

    « Dans 'Les Morticoles', premier véritable roman de Léon Daudet, une conception particulière et originale de la peine se fait jour, en relation avec l’idée d’un pouvoir médical ou d’une utilisation de la médecine à des fins politiques. En Morticolie en effet, les médecins cumulent les fonctions de législateur, de juge et de bourreau. Toutefois, c’est moins dans la réunion de ces fonctions (de légiférer, de juger et d’exécuter ou de torturer) que dans les rapports que lesdites fonctions entretiennent que se situe l’originalité de l’utopie des Morticoles et l’importance qu’y revêt la peine.

    « La question de la peine n’est pas étrangère à cette situation qui paraît originale et semble même contre-intuitive. Chez les Morticoles en effet, la peine précède toute organisation sociale et politique. Elle s’impose de manière constante à l’espèce humaine par le moyen de la nature, du destin ou de la Providence. La question de son origine est laissée en suspens, mais le fait est qu’elle touche, dès la naissance, tous les habitants de la Morticolie -on peut la considérer comme un donné du même ordre que la sociabilité naturelle de l’homme ou le fruit d’un péché originel. C’est que, dans 'Les Morticoles', la peine au sens de souffrance physique ou morale se confond avec la peine au sens de sanction sociale. Les autorités morticoles n’infligent pas à proprement parler une peine dans la mesure où chaque Morticole en est constamment affligé.

    « La peine est ainsi -chose singulière- ce qui fonde a priori le pouvoir, lequel est nécessairement un pouvoir des médecins. Puisqu’ils sont les seuls, grâce à leurs compétences, à pouvoir combattre cette peine, ils sont également les seuls à pouvoir sortir leurs concitoyens d’un état de nature souffrante, incommodant et avilissant, à pouvoir civiliser la société humaine. Malheureusement, la peine est aussi ce sur quoi ces mêmes médecins s’appuient, de manière sournoise, pour renforcer et accroître leurs prérogatives. Parfaitement conscients du fait que leur autorité politique et sociale dépend de leur emprise sur les corps malades, ils sont tentés, pour la plupart, de rendre ce pouvoir absolu et d’en abuser. Il suffit en effet au médecin de s’assurer de la persistance des peines endurées par leurs concitoyens par une action physique ou psychologique -ou d’occasionner un surcroît de peine pour asseoir davantage leur pouvoir. Et beaucoup ne s’en privent pas.

    « On comprend dès lors le rôle fondamental attribué aux tortures et à celui qui les dispense : le bourreau. Celui-ci initie une action iatrogène qui réclame la perpétuelle intervention du médecin : il provoque des maux (ou s’assure de leur persistance), par une action prétendument thérapeutique qui justifie par la suite de nouvelles interventions de sa part ou de la part de ses collègues. Le bourreau -et tout médecin est un bourreau en puissance si ce n’est en acte- est celui qui s’assure que chacun est en permanence affligé d’une peine qui fonde l’utilité sociale et le pouvoir politique de l’homme de l’art. Et comme bourreau et médecin tendent à se confondre, leur pouvoir est doublement efficace.

    « Dans 'Les Morticoles', la peine présente ainsi des caractères très particuliers. Elle est par nature omniprésente et perpétuelle, appliquée de manière systématique en dehors de toute infraction, et elle est inévitable. La peine ne consiste pas, ensuite, en une sanction a posteriori. Elle perd, dans l’utopie de Léon Daudet, toute dimension et fonction socialement dissuasive ou curative. Elle est un préalable à l’existence du pouvoir politique des médecins, non une menace brandie par une administration pour maintenir le bon ordre et la concorde. Il y a une inversion du rôle et de la fonction de la peine : elle n’intervient pas éventuellement à la fin du processus politique et judiciaire, mais nécessairement à la source de celui-ci. Enfin, cette peine ne fait -et ne semble pas pouvoir faire, par nature- l’objet d’un quelconque contrôle, dans la mesure où ceux qui sont supposés employer leurs forces et leur savoir à la combattre la cultivent, en quelque sorte, et en usent. Les médecins ne se privent pas, à l’occasion ou si le besoin s’en fait sentir, d’infliger un surcroît de peine, voire même la mort. C’est d’ailleurs là leur seule prérogative véritablement pénale : celle qui consiste à accélérer le processus macabre, à infliger la peine capitale, et ce, en dehors de toute procédure judiciaire et sans aucune garantie morale. Mais la mort n’est pas infligée pour elle-même et ne touche a priori que les inutiles et les encombrants qu’on préfère d’ailleurs voir se suicider. L’intérêt des médecins morticoles n’est pas de tuer : pour maximiser leur pouvoir, ils ont intérêt à gouverner des citoyens, certes malades, mais suffisamment nombreux et qui vivent relativement longtemps. La mort est en général la conséquence malheureuse d’expérimentations sadiques ou mal maîtrisées. Elle ne constitue pas un problème dans la mesure où les décès permettent d’alimenter les "pavillons ", grandes baraques situées au fond de la cour de la Faculté et qui fournissent la matière aux dissections récréatives. » (source)

     

    « ...et, en plus, il s'appelle Attal !A la manière de W.C. Fields »

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  • Commentaires

    1
    Mercredi 12 Janvier à 17:18

    Léon Daudet! Vous n'avez pas honte? Ni peur d'être fiché?

      • Jeudi 13 Janvier à 14:32

        @ Pangloss...!

        J'aurais honte d'avoir honte de mes choix !

        Quant à être fiché... certains sont fichés pour avoir consulté un blog avec un article sur le violon, ou pour avoir évoqué leur âge... alors !

         

         

    2
    Reader
    Mercredi 12 Janvier à 19:41

    @bedeau : Je n'avais jamais eu la curiosité d'y aller voir. Ce sera l'occasion :

    https://fr.m.wikisource.org/wiki/Les_Morticoles/Texte_entier

     

      • Jeudi 13 Janvier à 14:45

        @ Reader...

        Si j'ai pu susciter quelque(s) curiosité(s), ma journée n'aura pas été vaine (j'ai hésité à mettre un "s"  à "curiosité" cry...)

        (merci pour le lien... je manque à tous mes devoirs...intello )

        voir aussi les illustrations originales de Lucien Boucher (sic) pour l'une des éditions originales du "roman" :

                  (toute ressemblance, etc... etc...)      

         

         

      • Reader
        Jeudi 13 Janvier à 17:12

        Le piédestal tient du génie. Belle illustration qui rappelle les admirables allégories dessinées par Gourmelin dans *A la mémoire de l'humanité*, au Cherche-Midi (à minuit mais pas à quatorze heures).

         

      • Jeudi 13 Janvier à 20:32

        @ Reader...!

        Ah... Gourmelin... (je ne connaissais pas "A la mémoire de l'Humanité", mais je dois avoir quelque part sur une étagère "Le hasard", "Pour tuer le temps" et "?", si je me souviens bien)...

        et (dans un tout autre registre) Topor :

                            

         

        ou encore Cardon et sa (bientôt ?) "véridique histoire de...", (ou ça...)

         

        ...mais bon, souriez, depuis la fin tragique de Cabu, il nous reste encore Plantu.

         

         

         

    3
    Souris donc
    Vendredi 14 Janvier à 09:44

    Dans le genre hippocratie, on peut préférer les Schtroumpfs, selon Charles Gave.

      • Vendredi 14 Janvier à 15:02

         @ Souris donc...!

        On peut... mais quid de le vilain "Gargamelintello  qui n'a pas dit son dernier mot (lui non plus intello?)

        On peut aussi apprécier "Knock"  avec l'inoubliable Omar Sy dans le rôle titre et sa fameuse réplique : "Tout·e femmomme bien portant·e est un·e malade qui s'ignore", d'où le nombre étonnant tout à fait normal de tests PCR quotidiens (souvent plus de 1 000 000) et donc d'infections de cas détectés (jusqu'à 350 000 chaque jour, un nombre à peut-être multiplier par deux, selon un spécialiste de la spécialité, au vu du nombre de malades présumés rebutés par les longues files d'attentes devant les pharmacies : parfois plus de 2 ou 3 heures)

        Ce qui se traduit forcément, selon les médias, par une surcharge inacceptable des services de soins et du personnel qui..... : plus 250 000 "hospitalisés COVID" cette saison, alors qu'en 2018 et 2019 à la même époque le nombre de lits "grippe saisonnière" ne dépassait pas (ou de pas beaucoup) les 240 000. Les autorités compétentes signalent au passage qu'il n'y a pas eu récemment de fermetures de lits, mais que de nombreuses chambres doubles ont été transformées en chambres individuelles, ce qui n'est évidemment pas pareil.

        Certains avancent aussi (preuves non convaincantes à l'appui) qu'un patient, entré à l'hôpital pour toute autre raison, amygdales ou col-du-fémur, mais pas que, et "testé covid" positif pendant son séjour serait compté comme "patient covid", ce qui peut se justifier au niveau des précautions sanitaires particulières à prendre éventuellement, mais forcerait quand-même un tout petit peu sur les statistiques.

        On dit aussi quelquefois... mais j’arrête là, pour ne pas (pas trop !) être assimilé aux crétins délirants et nauséabonds qui raclent les fonds d'égouts des réseaux sociaux, comme dit je ne sais plus qui sur je ne sais quel blog... (quoi que...! Mais, bofff... un commentaire de perdu, dix d'espérés !)

         

         

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