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    Déni de démocratie

    Publié le 10 avril 2021 sur le site "La Constitution dévoilée"

    "Sous couvert de consultation, le Gouvernement cache une manœuvre et une instrumentalisation proprement scandaleuses..."

    Une manœuvre scandaleuse est orchestrée par le Gouvernement, depuis hier soir. Il agit par l’intermédiaire des préfets, qui ont écrit à tous les maires de France pour leur demander si, oui ou non, ils étaient en mesure d’organiser les élections régionales et départementales du mois de juin.

    La consultation paraît légitime.

    En effet, les préfets leur demandent, s’appuyant sur l’avis du Conseil scientifique du 29 mars qu’ils joignent à leur envoi, "si les conditions préconisées par le comité scientifique vous semblent réunies pour tenir les deux scrutins prévus en juin prochain, afin que je puisse faire connaître au Premier ministre et au Ministre de l’intérieur la position des maires de notre département, en vue du débat parlementaire qui se tiendra le mardi 13 et le mercredi 14 avril", cela "dans le souci du Gouvernement d’être à l’écoute de chacun des maires de notre pays et compte tenu du rôle essentiel imparti aux communes dans l’organisation des scrutins".

    On se souvient que le Conseil scientifique, concernant d’abord la campagne électorale, préconisait "d’encourager au maximum l’usage de moyens dématérialisés.../.... Il faut noter l’utilisation possible de numéros verts et l’intérêt de campagnes menées sur internet". De plus, il recommandait "que les candidats aient recours à la vaccination dans le cadre général de la stratégie vaccinale".

    Concernant les bureaux de vote, il recommandait "de solliciter des personnes vaccinées (vaccination complète)" et, à défaut, "que les membres des bureaux de vote réalisent des tests, qu’ils soient RT-PCR, antigéniques ou autotests, s’ils sont disponibles, à J-2 puis J5 puis J8 et en cas de symptômes cliniques". Surtout, "en fonction des conditions météorologiques prévisibles au moment où auront lieu les élections, il peut être prévu qu’elles se déroulent en extérieur" et "toutes les manifestations collectives suivant l’annonce du résultat devraient être non recommandées voire interdites". Enfin, "il est important que le vote puisse avoir lieu sur la plus grande plage horaire possible afin que le flux de votants soit étalé tout au long de la journée" et "il peut également être envisagé de prévoir une plage horaire privilégiée pour les personnes vulnérables, par exemple de 9h à 12h".

    En conclusion, rappelant le Gouvernement à sa responsabilité, "le Conseil scientifique regrette que la digitalisation des votes et le vote par correspondance ne puisse être envisagé pour ces élections".

    Nombre de ces éléments relèvent de la compétence des Maires. C’est ainsi que cette consultation peut paraître légitime.

    Elle cache en réalité et une manœuvre et une instrumentalisation proprement scandaleuses.

    D’une part, les maires ont reçu ce message vendredi soir, aux alentours de 19h. Ils sont sommés de répondre avant lundi midi, soit pendant un seul week-end, sans être en mesure de se concerter avec qui que ce soit et alors que certains d’entre eux ont à affronter des situations pour le moins dramatiques, telle la calamité agricole du fait du regel de ces derniers jours.

    D’autre part, ce procédé n’a d’autre objectif que d’instrumentaliser la réponse qui sera donnée, afin que le Gouvernement puisse se défausser sur les Maires en soutenant que c’est à leur demande que le scrutin doit à nouveau être reporté.

    Nous serions alors la seule grande démocratie au monde à ne pas être en mesure d’organiser des élections après plus d’un an et demi de pandémie.

    En effet, que peuvent répondre les maires à une telle interrogation ? Peuvent-ils assumer le risque de mettre en danger la santé de leurs administrés en affirmant que, oui, les élections peuvent être organisées, alors qu’ils risquent de ne pas être en mesure d’avoir des assesseurs en nombre suffisant pour tenir tous les bureaux de vote ? La prudence les conduirait logiquement à dire qu’il est préférable de reporter, en répondant donc par la négative.

    Mais il s’agit en réalité d’occulter la véritable raison de cette prudence : l’incompétence du Gouvernement à prendre les mesures nécessaires au bon déroulement du scrutin, telles que le vote par correspondance, le déploiement de moyens pour permettre à la campagne de se tenir, ainsi qu’une meilleure gestion de la politique vaccinale.

    Après avoir tenté de se défausser sur le Conseil scientifique, le gouvernement essaie maintenant se décharger de sa responsabilité sur les maires.

    En un mot, le Gouvernement est le seul responsable de la situation dans laquelle il conduit le pays, mais refuse d’assumer cette responsabilité et celle du déni de démocratie qu’il veut instaurer. C’est ce que confirme l’AMF, Association des Maires de France, dans sa réponse adressée au Gouvernement (*).

    Si ce mot de la "responsabilité" a encore un sens pour l’Exécutif, alors qu’elle est la première dette du pouvoir, il doit alors l’assumer pleinement, en déployant les moyens nécessaires à la tenue de ces élections (à commencer par une politique de vaccination appropriée et une adaptation des règles de la campagne électorale).

    Ce n’est pas aux Maires de l’assumer. Ils n’ont donc d’autre choix que d’ignorer purement et simplement ce qui ressemble à une consultation mais qui n’est autre qu’une instrumentalisation mesquine et une manœuvre scandaleuse.

     

      Déni de démocratie     A retrouver sur le compte Twitter de l'auteur, Jean-Philippe Derosier, agrégé des facultés de droit, professeur de droit public à l’Université de Lille, membre de l'Institut Universitaire de France, spécialiste de droit constitutionnel comparé. Ses travaux sont essentiellement consacrés à l’étude des institutions politiques, des rapports de systèmes entre l’État, les autorités locales (collectivités territoriales, en France) et les instances internationales (notamment l’Union européenne).  

     

     

        Mise à jour : LETTRE DE L'AMF SUR LA CONSULTATION DES MAIRES PAR LE GOUVERNEMENT RELATIF AU REPORT DES ÉLECTIONS PRÉVUES EN JUIN     
        Déni de démocratie    
       

    source : https://www.amf.asso.fr/documents-lettre-amf-sur-la-consultation-maires-par-gouvernement-relatif-au-report-elections-prevues-en-juin/40693

       

     

     

     

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  • Commentaires

    1
    NEMO AUDITUR
    Dimanche 11 Avril à 10:36

    M'en tamponne le coquillard, j'irai pas voter, de toute façon. no Pendant que des gens meurent, le microcosme politique s'inquiète de savoir s'il aura du fromage au dessert. A vomir.

      • Dimanche 11 Avril à 15:17

        @ NEMO AUDITUR

        C'est une opinion que je comprends et que je respecte, et que je suis parfois tenté de partager.

         

        Mais le fond du problème reste entier : un comportement du président, du gouvernement et de la haute-administration très éloigné des "valeurs républicaines" dont ils se gargarisent et nous saoulent.

         

        C'est surtout une hypocrisie inqualifiable si on le rapproche des tentatives de manœuvres de Macron souhaitant déjà, dès juin 2020, reporter d'un an les élections régionales en proposant un "marché" à Renaud Muselier (président des Régions) -qui n'y était pas opposé- : "Je vous aide financièrement si vous m’aidez à reporter les régionales après la présidentielle car j’ai des opposants politiques parmi vous.../... Je ne vais pas donner de l’argent à mes adversaires". On dit qu'il craignait, aussi ou surtout, à l'occasion de ces élections, l'émergence et la popularité d'un challenger capable de fédérer une large opposition en vue des présidentielles ("on" parlait, à l'époque, de Xavier Bertrand , Valérie Pécresse ou Laurent Wauquiez.)

         

         

        "...il s’agit d’un questionnaire grossier téléguidé par le ministre de l’Intérieur afin de dissimuler une vulgaire manœuvre politicienne du Président Macron qui refuse que les élections se tiennent en juin.../...ce questionnaire traduit à la fois la lâcheté du Président qui ose faire porter cette responsabilité sur les maires mais aussi une combinazione inquiétante sur son approche même de la démocratie." (Eric Ciotti)

         

    2
    Lundi 12 Avril à 19:29

    Bon, ben voilà...

     

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