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    Déni de démocratie

    Publié le 10 avril 2021 sur le site "La Constitution dévoilée"

    "Sous couvert de consultation, le Gouvernement cache une manœuvre et une instrumentalisation proprement scandaleuses..."

    Une manœuvre scandaleuse est orchestrée par le Gouvernement, depuis hier soir. Il agit par l’intermédiaire des préfets, qui ont écrit à tous les maires de France pour leur demander si, oui ou non, ils étaient en mesure d’organiser les élections régionales et départementales du mois de juin.

    La consultation paraît légitime.

    En effet, les préfets leur demandent, s’appuyant sur l’avis du Conseil scientifique du 29 mars qu’ils joignent à leur envoi, "si les conditions préconisées par le comité scientifique vous semblent réunies pour tenir les deux scrutins prévus en juin prochain, afin que je puisse faire connaître au Premier ministre et au Ministre de l’intérieur la position des maires de notre département, en vue du débat parlementaire qui se tiendra le mardi 13 et le mercredi 14 avril", cela "dans le souci du Gouvernement d’être à l’écoute de chacun des maires de notre pays et compte tenu du rôle essentiel imparti aux communes dans l’organisation des scrutins".

    On se souvient que le Conseil scientifique, concernant d’abord la campagne électorale, préconisait "d’encourager au maximum l’usage de moyens dématérialisés.../.... Il faut noter l’utilisation possible de numéros verts et l’intérêt de campagnes menées sur internet". De plus, il recommandait "que les candidats aient recours à la vaccination dans le cadre général de la stratégie vaccinale".

    Concernant les bureaux de vote, il recommandait "de solliciter des personnes vaccinées (vaccination complète)" et, à défaut, "que les membres des bureaux de vote réalisent des tests, qu’ils soient RT-PCR, antigéniques ou autotests, s’ils sont disponibles, à J-2 puis J5 puis J8 et en cas de symptômes cliniques". Surtout, "en fonction des conditions météorologiques prévisibles au moment où auront lieu les élections, il peut être prévu qu’elles se déroulent en extérieur" et "toutes les manifestations collectives suivant l’annonce du résultat devraient être non recommandées voire interdites". Enfin, "il est important que le vote puisse avoir lieu sur la plus grande plage horaire possible afin que le flux de votants soit étalé tout au long de la journée" et "il peut également être envisagé de prévoir une plage horaire privilégiée pour les personnes vulnérables, par exemple de 9h à 12h".

    En conclusion, rappelant le Gouvernement à sa responsabilité, "le Conseil scientifique regrette que la digitalisation des votes et le vote par correspondance ne puisse être envisagé pour ces élections".

    Nombre de ces éléments relèvent de la compétence des Maires. C’est ainsi que cette consultation peut paraître légitime.

    Elle cache en réalité et une manœuvre et une instrumentalisation proprement scandaleuses.

    D’une part, les maires ont reçu ce message vendredi soir, aux alentours de 19h. Ils sont sommés de répondre avant lundi midi, soit pendant un seul week-end, sans être en mesure de se concerter avec qui que ce soit et alors que certains d’entre eux ont à affronter des situations pour le moins dramatiques, telle la calamité agricole du fait du regel de ces derniers jours.

    D’autre part, ce procédé n’a d’autre objectif que d’instrumentaliser la réponse qui sera donnée, afin que le Gouvernement puisse se défausser sur les Maires en soutenant que c’est à leur demande que le scrutin doit à nouveau être reporté.

    Nous serions alors la seule grande démocratie au monde à ne pas être en mesure d’organiser des élections après plus d’un an et demi de pandémie.

    En effet, que peuvent répondre les maires à une telle interrogation ? Peuvent-ils assumer le risque de mettre en danger la santé de leurs administrés en affirmant que, oui, les élections peuvent être organisées, alors qu’ils risquent de ne pas être en mesure d’avoir des assesseurs en nombre suffisant pour tenir tous les bureaux de vote ? La prudence les conduirait logiquement à dire qu’il est préférable de reporter, en répondant donc par la négative.

    Mais il s’agit en réalité d’occulter la véritable raison de cette prudence : l’incompétence du Gouvernement à prendre les mesures nécessaires au bon déroulement du scrutin, telles que le vote par correspondance, le déploiement de moyens pour permettre à la campagne de se tenir, ainsi qu’une meilleure gestion de la politique vaccinale.

    Après avoir tenté de se défausser sur le Conseil scientifique, le gouvernement essaie maintenant se décharger de sa responsabilité sur les maires.

    En un mot, le Gouvernement est le seul responsable de la situation dans laquelle il conduit le pays, mais refuse d’assumer cette responsabilité et celle du déni de démocratie qu’il veut instaurer. C’est ce que confirme l’AMF, Association des Maires de France, dans sa réponse adressée au Gouvernement (*).

    Si ce mot de la "responsabilité" a encore un sens pour l’Exécutif, alors qu’elle est la première dette du pouvoir, il doit alors l’assumer pleinement, en déployant les moyens nécessaires à la tenue de ces élections (à commencer par une politique de vaccination appropriée et une adaptation des règles de la campagne électorale).

    Ce n’est pas aux Maires de l’assumer. Ils n’ont donc d’autre choix que d’ignorer purement et simplement ce qui ressemble à une consultation mais qui n’est autre qu’une instrumentalisation mesquine et une manœuvre scandaleuse.

     

      Déni de démocratie     A retrouver sur le compte Twitter de l'auteur, Jean-Philippe Derosier, agrégé des facultés de droit, professeur de droit public à l’Université de Lille, membre de l'Institut Universitaire de France, spécialiste de droit constitutionnel comparé. Ses travaux sont essentiellement consacrés à l’étude des institutions politiques, des rapports de systèmes entre l’État, les autorités locales (collectivités territoriales, en France) et les instances internationales (notamment l’Union européenne).  

     

     

        Mise à jour : LETTRE DE L'AMF SUR LA CONSULTATION DES MAIRES PAR LE GOUVERNEMENT RELATIF AU REPORT DES ÉLECTIONS PRÉVUES EN JUIN     
        Déni de démocratie    
       

    source : https://www.amf.asso.fr/documents-lettre-amf-sur-la-consultation-maires-par-gouvernement-relatif-au-report-elections-prevues-en-juin/40693

       

     

     

     


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    Pensées du du jour (mais du jour d'avant.)

    1955 - 1973...

     

    1955 - "Ne pas mourir est une chose. Vivre en est une autre…"

    "Ne pas mourir est une chose. Vivre en est une autre.
    "Nous entrons dans une ère où l’homme cultive et multiplie tous les moyens de ne pas mourir (médecine, confort, assurances, distractions) –tout ce qui permet d’étirer ou de supporter l’existence dans le temps, mais non pas de vivre.
    "Nous voyons poindre l’aurore douteuse et bâtarde d’une civilisation où le souci stérilisant d’échapper à la mort conduira les hommes à l’oubli de la vie."

    Gustave Thibon - "Notre regard qui manque à la lumière"  - 1955

     

    1973 - "Imaginons dans quel état de panique effroyable…"

    "...Et d’ailleurs, imaginons dans quel état de panique effroyable serait plongé l’homme moderne, si prompt à s’émouvoir au moindre faux pas de la science ou quand surgit la moindre épidémie –une vague grippe qui arrive des profondeurs de l’Asie et qui, en définitive, ne tue que des gens bien près de mourir de toute façon, parce qu’ils sont assez vieux ou assez faibles pour cela-, eh bien, s’il surgissait une épidémie comme par exemple la peste noire du Moyen Âge qui a fait 35 millions de victimes, à peu près le tiers de la population, je crois que nos contemporains n’y résisteraient pas… Ceux que la peste aurait épargnés mourraient quand même –de terreur !"

    Gustave Thibon - "L’homme devant la nature" - 1973 - in "Les hommes de l’éternel : Conférences au grand public" (1940−1985)

     

    À PROPOS DE L'AUTEUR  

    Matière(s) à réflexion(s)

       

    Gustave Thibon

    Gustave Thibon (1903-2001) est un paysan, poète et philosophe, issu d’une vieille souche ardéchoise dont il ne s’éloignera jamais. D’une érudition autodidacte et encyclopédique, il est l’auteur d’articles savants pour les revues de Jacques Maritain et de poèmes célébrés par Maurras. Chrétien de droite, la grande rencontre de sa vie sera celle de Simone Weil, dont il révèle l’œuvre au monde en 1947 dans le livre "La pesanteur et la grâce".

     sources : https://citations.institut-iliade.com

     

     

    Toute ressemblance avec des préoccupations ou des débats actuels, etc... etc... (ou pas ?)

     

     

     

     Une autre version, avec des images qui bougent en couleurs, alors ?

    "Vivre n'est pas survivre" - Abbé P. De Maistre, curé de la paroisse Saint-André de l'Europe - 17/02/2021

     
     
     
     
     
     
     

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     Conservatisme, etc...

     

    Conservateur et réactionnaire, pour ma part, je me sens les deux à la fois.

    Ivan Rioufol

     

     

    « Car qu’est-ce finalement que le conservatisme, sinon la préservation des structures qui protègent, non par esprit de naphtaline, mais pour en posséder la jouissance quand la bise est venue ?

    « Car qu’est-ce que le conservatisme accompli, sinon la famille équilibrée, sinon la nation organisée, sinon l’État fort pour être juste, sinon la frontière, sinon la palissade avec un portail qui s’ouvre mais aussi se ferme, enclosant le jardin familial, provincial, national, culturel, civilisationnel ?

    « Qu’est-ce que le conservatisme sinon la mesure de notre liberté ?

    « Mais que réclame ce conservatisme politique pour exister, sinon l’existence de cet autre jardin enclos de nos âmes, cette spiritualité non pas anarchique mais organisée, sinon comme ces hommes de bonne volonté de Jules Romains partis à la "recherche d’une Église" ?

    « Ceci n’est pas le conservatisme, mais sa possibilité d’existence. Sans quête d’une plus haute voie, pas de civilisation, pas d’Occident, pas de France, pas de nous. Seulement la forêt obscure où la voie droite a été perdue. »

    Jacques de Guillebon

     

     

    « Quand on parle de l’amour du passé, il faut faire attention : c’est de l’amour de la vie qu’il s’agit. La vie est beaucoup plus du passé que du présent. Le présent est un moment toujours court, même lorsque sa plénitude le fait paraître éternel. Qui aime la vie aime le passé en ce qu’il est une suite de présents qui ont survécu dans la mémoire humaine. »

    Marguerite Yourcenar

     

     

    (lu sur la revue "Le nouveau Conservateur" de Jean-Frédéric Poisson et Paul-Marie Coûteaux)

    Qu'est-ce...? (etc.)

     

     

     

     

     

     


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  • En janvier 2020, Emmanuel Macron, Président de la République avait tempêté, à propos du climat politique en France :

    "Aujourd'hui s'est installée dans notre société, et de manière séditieuse, par des discours politiques extraordinairement coupables, l'idée que nous ne serions plus dans une démocratie, qu'une forme de dictature se serait installée.../... Une dictature, c'est un régime où une personne ou un clan décident des lois../... Si la France c'est cela, essayez la dictature et vous verrez !."

    Un article dans le pourtant très politiquement correct "l'Opinion" nous donne l'occasion d'essayer et d'y aller voir de plus près :

     

    Emmanuel Macron aux manettes, les ministres à la remorque.

    (l'Opinion - Nathalie Segaunes - 11 décembre 2020 à 06h00)

    le Petit Dictateur illustré.

    Par deux fois ces dernières semaines, Emmanuel Macron a annoncé des décisions sans en avoir informé les ministres concernés. Une méthode singulière, qui peut prendre ces derniers de court.

     

    L’anecdote est connue, elle a même donné le titre d’un livre. Un jour de 1989, le Premier ministre Michel Rocard, lors d’un tête à tête avec François Mitterrand, se propose de réformer le monde du renseignement. "Si ça vous amuse…", répond le Président, faussement indifférent, mais donnant tout de même un blanc-seing à son chef du gouvernement pour intervenir dans son domaine réservé.

    Imagine-t-on Emmanuel Macron formuler ce genre de réponse ? L’actuel locataire de l’Elysée vient de nouveau, ces derniers jours, de faire la démonstration que lui seul décide, en tout domaine.

     

    Ainsi est-ce lui qui décide et annonce mardi, sans y associer son ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, la tenue d’un "Beauvau de la sécurité" dès janvier sur la réforme de la police, réunissant représentants des forces de l’ordre, élus et citoyens. "C’est un peu une façon de dire à Darmanin, après le fiasco de l’article 24 : je décide, tu exécutes", estime un conseiller de l’exécutif. Et tant pis si un Livre Blanc sur la sécurité, fruit d’un an de travail et de concertations place Beauvau, a été publié mi-novembre, avec 200 propositions censées répondre aux mêmes objectifs…

    Découvrant l’annonce présidentielle, les parlementaires LREM informent Matignon qu’ils souhaitent interroger le ministre de l’Intérieur sur "le Beauvau de la sécurité" à la séance des questions au gouvernement. On les prie de s’abstenir : le Président n’ayant pas -encore- associé l’exécutif à cette initiative, il sera difficile de leur répondre…

    Isolement. Autre exemple récent, lorsqu’Emmanuel Macron, lors de son allocution télévisée du 24 novembre, appelle le Parlement à  fixer les "conditions pour assurer l’isolement" des cas positifs de Covid-19, car "nous devons être plus contraignants à l’égard de celles et ceux qui ont le virus" : ni le Premier ministre Jean Castex, ni le ministre de la Santé Olivier Véran, n’ont été prévenus de cet "appel".

    Si le sujet de l’isolement des cas positifs était en discussion depuis plusieurs semaines au sein de l’exécutif, toute mesure coercitive semblait a priori exclue. "Le débat pourrait avoir lieu, il toucherait au cœur des libertés fondamentales", avait mis en garde Olivier Véran, lors de son audition devant la commission d’enquête parlementaire le 4 novembre. Ajoutant que "cela n’a jamais été fait dans notre pays, même dans le cas de la tuberculose."

    Jean Castex, interrogé le 17 novembre par la même commission de l’Assemblée nationale, s’était montré, face aux députés, très dubitatif à l’égard de ce système "...où vous êtes géolocalisés avec votre portable". Comment cela fonctionnerait-il "...avec les mentalités de nos concitoyens ?", s’était-il interrogé, redoutant par ailleurs que "la perspective d’un isolement obligatoire désincite certains à se faire tester."

    Depuis le 24 novembre, le gouvernement ne semblait d’ailleurs guère pressé de répondre à l’appel du Président. A l’Assemblée nationale, le groupe Agir (aile droite de la majorité) plaide pour que l’isolement obligatoire, avec sanctions à la clé, soit intégré dans le projet de loi transcrivant dans le droit commun certaines mesures de l’Etat d’urgence sanitaire, qui sera débattu mi-janvier. Jeudi soir, Jean Castex annonçait finalement que l’idée d’isoler les cas positifs était abandonnée...

    Capteurs. Avec quel infectiologue, quel épidémiologiste, quel immunologue Emmanuel Macron a-t-il échangé durant cette deuxième vague, qui l’a convaincu, malgré les réticences de son gouvernement, d’envisager l’isolement obligatoire des personnes positives ? Car ses décisions sont souvent le fruit de ces remontées directes du terrain, de ces "capteurs" qui alertent le Président sur telle ou telle difficulté et nourrissent sa réflexion. "Au moment de la campagne, son répertoire téléphonique comprenait six mille contacts. Depuis, il s’est enrichi", révèle notre consœur Corinne Lhaïk dans Président cambrioleur (Fayard), qui vient de paraître.

    Parfois, certains de ces "capteurs" font leur entrée au gouvernement. Paradoxalement, le chef de l’Etat ne les consulte plus autant. "J’ai beaucoup moins de SMS d’Emmanuel Macron depuis que je suis ministre...", s’en amusait récemment l’un d’entre eux, nommé en juillet.

    "La plupart du temps, Macron ne tranche pas pendant les réunions, observe l’un de ses proches. Mais il décide après, une fois seul, dans sa tête, et il communique". Une façon de faire qui rapproche l’actuel Président de Nicolas Sarkozy : ce dernier n’informait pas toujours son Premier ministre ou ses ministres de ses résolutions. Mais au moins informait-il Claude Guéant, secrétaire général de l’Elysée, "qui appelait le ministre concerné, pour le prévenir", se souvient un ancien conseiller de l’Elysée.

    Alexis Kohler, actuel secrétaire général de la présidence, ne prévient pas les ministres : "A sa décharge, il découvre souvent les arbitrages en même temps que tout le monde", assure un ancien conseiller.

    Depuis le début de son quinquennat, Emmanuel Macron n’aura cessé de déstabiliser ainsi ses ministres, par des décisions de dernière minute qui les prennent de court.

    Ainsi, le 9 juillet 2018, le Président annonce-t-il au Congrès de Versailles que "la loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel", portée par Muriel Pénicaud, "va être modifiée", alors qu’elle est en plein examen au Parlement : syndicats et patronat sont priés de renégocier les règles de l’assurance chômage, alors que le projet de loi prévoit un dispositif.

    Ce mode de fonctionnement présidentiel est surtout propre aux périodes de crise. "Toutes les annonces Gilets jaunes, on les a découvertes en écoutant la conférence de presse d’Emmanuel Macron, le 10 décembre 2018", assure ainsi le conseiller d’un ministre.

    De la même façon, le chef de l’Etat annoncera son projet de Convention citoyenne pour le climat pour répondre aux Gilets jaunes, après avoir rencontré le réalisateur et militant écologiste Cyril Dion et l’actrice Marion Cotillard. Mais sans avertir au préalable son Premier ministre de l’époque, Edouard Philippe…

     

     

     

     

     

     

     

     


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    dans" Figaro-Vox" - par Eric Zemmour - le 6 novembre 2020

    Éric Zemmour:

    "James Bond ou l’été indien de l’homme occidental"

    Sean Connery, disparu la semaine dernière, incarnait le héros d’une époque où la virilité n’était pas diabolisée.

    007 (par Eric Z.)

    Il était James Bond. Pas le meilleur, le seul. Non pas qu’il fût plus beau, plus viril, plus alerte, plus sportif que ses successeurs. Son talent d’acteur n’était pas particulièrement supérieur aux autres. Mais Sean Connery, disparu la semaine dernière à l’âge de 90 ans, a eu la chance d’incarner le héros dans une époque aujourd’hui disparue. Une époque où la virilité n’était pas dénigrée, ostracisée, diabolisée, pénalisée. Une époque où un séducteur, "un homme qui aimait les femmes", n’était pas considéré comme un violeur en puissance. Une époque où la beauté des femmes n’était pas la preuve de leur aliénation au patriarcat. Une époque où l’homme occidental ne devait pas se justifier d’un "privilège blanc" dans les pays que ses ancêtres avaient façonnés. Une époque où les nations européennes étaient différentes entre elles mais homogènes à l’intérieur, alors qu’elles sont devenues toujours plus uniformisées par la mondialisation et toujours plus désagrégées au sein de chacune d’entre elles par l’invasion migratoire.

    Sean Connery incarne avec une superbe de chevalier d’antan ces Anglo-Saxons qui ont gagné les deux grandes guerres du XXsiècle. Ils n’ont pas subi les affres de la défaite ni les miasmes de l’Occupation qu’ont connus les Français et les Allemands. Ils en ont tiré un complexe de supériorité – celui-là même que Stendhal a bien décrit chez les Français au temps des victoires napoléoniennes – qui crève les écrans de ce temps-là.

    James Bond est l’incarnation du culte de la science et de la technique à son firmament avant que les écologistes ne nous culpabilisent. Une synthèse des mythes occidentaux du XIXe siècle. Un mélange d’Alexandre Dumas et de Jules Verne. Il nous fait croire à la fameuse prophétie de Victor Hugo: "Le XIXe siècle est grand ; le XXe sera heureux."

    Le charme de ces films-là n’est pas cinématographique mais anthropologique. L’homme occidental vit une période dorée et il ne sait pas que c’est son été indien. C’est le temps d’une certaine innocence. Celle des années 1950 et 1960. À la fois la liberté comme on n’en a jamais connu, le progrès économique et social, et la paix. Il ne sait pas que son monde va s’effondrer sous les coups de ces jeunes chevelus des campus américains qu’il contemple avec une pointe de mépris. Il fait la guerre bien sûr, mais les méchants qu’il combat sont de pacotille. La bombe atomique – tant dénoncée à l’époque par les compagnons de route du communisme – nous protège d’une guerre entre ce qu’on appelle alors les "deux blocs".

    Sean Connery n’a pas cette pointe d’autodérision qui fait le charme de certains de ses successeurs, comme Roger Moore ; et qu’on retrouve surtout chez nos séducteurs français (Delon, Belmondo, Gabin, Ventura, Montand) ou italiens (Gassman, Mastroianni). À l’époque, on faisait le distinguo ; on hiérarchisait, on raillait. Avec le recul, on se contente de regretter. La nostalgie est un bloc.

     

    complément d'info :

    "James Bond" : le prochain agent 007 sera une femme noire et bisexuelle :

    Lashana Lynch

    007 (par Eric Z.)

    lire : Pourquoi l’annonce du futur agent 007 fait-elle bondir les cons ?

     

     

     

     

     

     

     

     


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    Ce texte visionnaire a été écrit il y a une soixante d'années.

    Il n'a pas évidemment pas vieilli, et son actualité est même de plus en plus visible quotidiennement.

    Son auteur, Jean-Nicolas Marcetteau de Brem, avec son prénom à rallonge et son nom à particule fleurant mauvais la vieille France catholique, est considéré par les critiques littéraires de "le Monde", comme l'un des fondateurs de l'ultradroite violente, aux côtés de Jean-Jacques Susini, Pierre Sergent, Dominique Venner ou Pierre Sidos. 

     

    "Chacun de nous est le dernier des Européens."

    "Je sens peser sur mes épaules misérables le poids démesuré du plus glorieux des héritages. A moi, qui ne suis rien et qui n’apporte rien, la civilisation fait un cadeau gigantesque : le patrimoine de l’Europe. Il est fait de trésors et de souvenirs. Chacun de nous, je crois, à Londres et à Vienne, à Berlin et à Madrid, à Athènes et à Varsovie, à Rome et à Paris, à Sofia et à Belgrade, doit ressentir le même drame.

    "Chacun de nous est le dernier des Européens.

    "Je suis le prince débile issu d’une lignée de colosses et qui va peut-être clore une race. Je mourrai sans postérité, stérilisé par l’atome ou égorgé par un fanatique. Et mes frères auront le même sort. Des géants nous précèdent, des héros et des savants, des explorateurs de la terre et des explorateurs de l’âme, des César et des Antoine, des monarques et des capitaines, des silhouettes sévères en robe de bure, de belles courtisanes ou des brutes implacables. Tout un cortège de grandes figures, resplendissantes de splendeur et de puissance, se déroule à nos yeux, immense fardeau pour nos contemporains dérisoires

    "Voici que s’amassent à l’Orient les nuages sinistres de la ruée païenne et barbare. Je vais mourir. Je meurs. Et la race Europe avec moi. Avec nous. Je ne laisserai rien. Depuis cinquante ans j’ai dispersé l’héritage. Et laissé le royaume du ciel en friche. Je n’aurais pas d’héritiers dans ce monde hostile et chaotique.

    "Je ne puis laisser qu’un message : l’histoire, la très belle histoire d’une civilisation mortelle, qui se croyait invincible. Une civilisation pour laquelle des milliards d’hommes ont lutté et vaincu pendant trente siècles. Personne ne sera là pour me lire.

    "Qu’importe.

    "Voici comme un dernier cri de rage et d’amertume.

    "Taxez-moi de romantisme, qu’importe !

    "Pour moi, le trésor du monde, c’est une infante de Vélasquez, un opéra de Wagner ou une cathédrale gothique. C’est un calvaire breton ou une nécropole de Champagne.

    "C’est le Romancero du Cid, ou le visage hugolien de “l’enfant grec”.

    "C’est un tombeau des Invalides, ou le Grand Aigle de Schönbrunn, l’Alcazar de Tolède, ou le Colisée de Rome, la Tour de Londres, ou celle de Galata, le sang de Budapest ou le quadrige orgueilleux de la Porte de Brandebourg devenue le poste frontière de l’Europe mutilée.

    "Pour toutes ces pierres, pour tous ces aigles et pour toutes ces croix, pour la mémoire de l’héroïsme et du génie de nos pères, pour notre terre menacée d’esclavage et le souvenir d’un grand passé, la lutte ne sera jamais vaine.

    "Frêle Geneviève de Paris, patronne de l’Europe, seule contre les hordes mongoles, tu symbolises notre esprit de résistance. Et toi, vainqueur blond au visage de dieu, Macédonien aux dix milles fidèles, Alexandre, toi qui conquis le monde oriental avec ta foi et ton épée, dressé contre le destin et le sens de l’Histoire, tu symboliseras peut-être un jour le triomphe de l’Europe impériale”.

    Il est extrait d'un monumental ouvrage éponyme en deux volumes, publié en 1964, reprenant l'histoire du continent européen, de l'Antiquité au milieu du XXme siècle : "J’ai voulu dans ce livre, d’une part exalter les martyrs et les grands capitaines qui ont installé sur le monde la domination de l’Europe, d’autre part dénoncer les apprentis sorciers qui ont provoqué le recul de l’Occident et préparent maintenant son écrasement total. J’ai voulu, de plus, en expliquant ce qu’est l’Europe d’aujourd’hui et ce qu’elle pourrait devenir, rendre à mon lecteur des raisons de se battre, c’est à dire une chance de gagner. Il s’agit désormais de maintenir coûte que coûte l’héritage grandiose d’un monde dont les feux ont brillé sur tous les continents, tous les océans..." (*)

    Jean Nicolas Marcetteau de Brem, dit Jean de Brem

     

    Testament d'un européen.
    Vézelay. La "colline éternelle". Un des points de départ traditionnels sur les Chemins de St Jacques de Compostelle qui était considéré -jusqu'à il y a peu de temps encore- comme le premier "itinéraire européen" et le principal pèlerinage chrétien.

     

    (*) ce qui est fort politiquement incorrect

     

     

    en complément : "Les nations et l'Europe" (Comment faire le lien entre nos patries charnelles et l'Europe ?)

     

     

     


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    vu, ce 19 octobre, sur le blog Mediapart

    (pour rappel, ce dessin prémonitoire de Marsault : Philistin Soja, journaliste)

     

    Exécution sommaire du suspect : nouvelle norme en matière de terrorisme?

    par "HORSLESMURS", le 19 oct. 2020

    L'exécution du jeune Tchéchène était facilement évitable. Malgré la dérive évidente que cette exécution sommaire symbolise, personne ou presque ne semble se préoccuper du mode opératoire des forces de l'ordre.

    La décapitation du professeur de Conflans Sainte-Honorine risque de peser lourd dans les débats sur l’Islam, qui semblent tout en haut de l’agenda présidentiel depuis la nomination de Gérald Darmanin au Ministère de l’Intérieur. 

    La portée symbolique de cette décapitation est immense et l’émotion s’empare du pays. Malheureusement, deux jours après le drame, force est de constater que le traitement médiatique de cette affaire reste partial. Une fois de plus, il semble que l’étiquette "attentat terroriste" dispense les journalistes de tout effort réflexif. Les titres sensationnalistes s’accumulent et créent une chambre aux échos très favorable aux rhétoriques d’extrême-droite. 

    Or, à l’heure actuelle, que savons-nous sur le contexte dans lequel les forces de l'ordre ont agis ?

    Nous savons qu’un professeur d’histoire-géographie a été décapité peu avant 17h à Conflans Sainte-Honorine, rue du Moineau-Buisson. Une photo macabre de la tête est publiée sur un compte Twitter répondant au pseudo "Tchetchene_270" (mais qui n'a alors pas encore été formellement lié à l'individu abattu). Juste après 17h, la police reçoit l’appel d’une personne signalant un homme décapité sur la voie publique. Quelques minutes plus tard, entre 200 et 400 mètres plus loin, un jeune homme de 18 ans est abattu, avenue Roger Salengro dans la commune limitrophe d’Éragny (très exactement ici).

    Au-delà de ces éléments, le flou demeure sur le déroulé exact de l’interpellation du jeune tchétchène. Pour l’immense majorité de la population, les détails de cette interpellation importent peu. Et pourtant…

    Une vidéo -très rapidement publiée sur les réseaux sociaux' permet de s’interroger sur ce qui semble être devenu une nouvelle normalité en France. Dès qu’il s’agit de terrorisme, c’est à dire d’un crime commis par une personne musulmane envers une personne non-musulmane, la police semble avoir le droit, voire le devoir de tuer. En effet, hormis Salah Abdeslam pris par la police belge, aucun terroriste ne survit à ses actes sur le sol français. 

    Dans le cas présent, il est absolument clair que les policiers ont compris que le terroriste n’était armé que d’un pistolet à billes bien avant de l’exécuter. L’information est répétée deux fois, de façon très audible. De plus, à ce moment précis, le terroriste est seulement en possession d’un canif, le gros couteau ayant servi à la décapitation étant resté près de la scène du crime. Enfin, la police l’a déjà cerné et le risque qu’il s’enfuie est donc quasi-nul. 

    Aucun de ces éléments de contexte ne semble empêcher l’exécution du jeune tchétchène. 

    On se doute que ce ne sont pas les policiers ayant identifié l’arme comme étant un pistolet à billes qui ont commis cette basse-œuvre. Au contraire, il y a des raisons de penser que la mise-à-mort vient de cet homme vêtu de noir, qui arrive en haut à droite de la vidéo, à 0m39s, charge son pistolet, se voit désigner le terroriste par un autre policier (qui, au passage, arrive tranquillement depuis la zone où le terroriste se trouve) et rejoint en marchant la zone d’action avant que les 9 détonations ne se fassent entendre quelques secondes plus tard. 

    Malheureusement, lorsqu’il s’agit de terrorisme, cette justice policière expéditive ne semble poser de problèmes à aucun média, ni à aucun homme politique de premier plan. Soucieux de leurs côtes de popularité, médias comme politiques évitent toute prise de position qui pourraient être perçues comme un déni de solidarité vis-à-vis des victimes. Comme si exiger que la justice s’applique à tous les présumés coupables de façon semblable avait quoi que ce soit à voir avec l’empathie que l’on peut ressentir pour les victimes et leurs proches, ou la tristesse de voir le pays s’enfoncer plus avant dans ses clivages religieux et ethniques.

    Il faut avoir le courage de se regarder en face pour comprendre le chemin que prend la France et la perception que certaines minorités peuvent avoir de la situation. 

    Certes, le procès d’un terroriste islamiste capturé vivant peut être sulfureux, créer transitoirement des troubles à l’ordre publique et attiser certaines tensions. Mais on ne peut pas s’indigner de la barbarie terroriste et souscrire dans le même temps à la barbarie policière sans être en contradiction avec soi-même ou tourner le dos, sciemment, à la République Française. 

    Ce jeune de 18 ans n’est, au moment précis de sa mort, qu’un suspect armé d’un jouet et d’un canif. Applaudir une police qui tue de façon aussi sommaire et systématique les individus suspectés de terrorisme, c’est applaudir une barbarie, c’est encourager la spirale mortifère des violences policières et c’est embrasser ce choc des civilisations qui se trouve -depuis plus 30 ans- en haut de l’agenda de toutes les extrêmes-droites du monde. 

     

    Par ailleurs, la veille, Assa Traoré et deux individus, les yeux pétillants de malice, ridiculisaient impunément en une odieuse récupération et par un pauvre jeu-de-mots ignoble les hommages rendus à l'enseignant assassiné par des proches de ses compagnons de luttes -islamistes fondamentalistes et salafistes- en faveur de ses racailles de frères et contre la France (et la république, forcément)

    ..un jeune, armé d'un jouet et d'un canif
    "Aujourd'hui nous étions Place de la République à l'appel des syndicats enseignants. Pour rendre hommage au professeur Samuel Paty" (https://twitter.com/laveritepradama/)

     

     

     

     


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