• Aveugles, sourds et muets

    L’histoire est création de l’inédit, c’est-à-dire, comme l’avait parfaitement vu Castoriadis, "capacité de faire émerger ce qui n’est pas donné ni dérivable, combinatoire ou autrement, à partir du donné"

    (les journals)

    D'après un article de Valeurs Actuelles, le mouvement des Gilets jaunes était, non seulement prévisible, mais bel et bien prévu, contrairement à ce que titrait la presse bienpensante au début de ce mouvement; encore fallait-il que les "décideurs" veulent bien écouter et prendre en compte ces informations...

    extraits:

    Le mouvement des “gilets jaunes” semble avoir émergé brutalement sans signe avant-coureur. De fait, la plupart des observatoires de la vie politique, des centres de recherche universitaires ou des think-tanks chargés d’analyser l’évolution de la société française n’ont rien vu venir ? Pourtant quelques rares personnalités ou chercheurs indépendants ont tenté en vain d’avertir l’opinion et les politiques sur “les oubliés” de la “la France périphérique” et du risque de “révolte fiscale”.

    1) En 2013, Jean Lassalle, député des Pyrénées Atlantique, se lance dans un tour de France à pied de 5 000 km de 8 mois à la rencontre des Français, "des oubliés", qu’ "on ne consulte plus sur rien". Accueilli sur la route, hébergé chez l’habitant, il recueille le sentiment des personnes rencontrées au hasard de sa marche et parle d’un "ras-le-bol à tous les étages, comme une envie de renverser la table". Son rapport sur le mécontentement des Français est remis au président et aux présidents des assemblées en avril 2014. Il écrit : "Neuf personnes rencontrées sur dix l’affirment : cela va péter"(...) Trois sur dix se disent prêts à rejoindre l’explosion quand elle aura quand, et là, où elle aura lieu. "Les réseaux sociaux sont prêts à agir comme une arme formidable de mobilisation"(...) Les 196 pages sont oubliées et rejoignent d’autres rapports au fond des tiroirs. Oublié donc les Cahiers de l’Espoir de 2014, ils seront remplacés par des cahiers de doléances en 2019…

    2) Le géographe Christophe Guilluy lance, en 2014, une véritable bombe littéraire en publiant La France périphérique aux éditions Flammarion. Il remet en cause la dichotomie France du centre-ville riche et banlieue pauvre pour parler d’une France oubliée, la France périphérique où vit 60 % de la population, une France "laissée pour compte", "méprisée", en pleine "précarité sociale"(...) Pour Christophe Guilluy, injustement snobé par les universitaires, "tous les indicateurs sociaux nous montrent que les classes moyennes ont implosé"(...) et évoque des "perturbations" dans "les métropoles mondialisées, vitrines rassurantes de la mondialisation heureuse" que sont les Champs-Élysées de Paris, la place Pey-Berlan de Bordeaux, la place du Capitole de Toulouse ou le quartier de la presqu’île de Lyon. 

    3) Dans leur ouvrage "2030, Le monde que la CIA n’imagine pas" publié en 2015, les deux chercheurs en géopolitique à l’École Spéciale Militaire de Saint-Cyr, T. Flichy de la Neuville et G. Mathias font le bilan critique des différents rapports publiés par la CIA depuis 2000 et rédigent leur propre prospective pour 2030 (..) Dans cet ouvrage, ils consacrent toute une partie pessimiste sur la France : "La France, en situation de déficit incessant aura préféré recourir à l’emprunt et la taxation". Elle est dirigée par "des gouvernements mal élus à la légitimité populaire très faible et victimes de la démocratie d’opinion"(...) [Affaiblie sur le plan économique et financier, la France connaît] des "émeutes antifiscales d[ans l]es années 2013-2020"(...) Les auteurs prédisaient une révolte qui se manifestait par "des blocages d’autoroutes, des destructions de portiques écotaxe, les mises à sac de sous-préfectures, les votes extrêmes, ou au contraire l’abstention", mais ils prédisaient aussi que "le mouvement de la France de la périphérie contre 'l’hégémonie des métropoles' s’est essoufflé faute de coordination et de relais politiques efficaces."

     

    ... encore fallait-il que les "médias" et les "décideurs" veulent bien prendre au sérieux ces informations...

    Boule de cristal.

     

     

     

     

    « Une bien belle initiative ... Houellebecq est un con »

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  • Commentaires

    1
    Jeudi 24 Janvier 2019 à 10:18

    Jean Lassalle, il en voulait vraiment
    mais comme souvent, l'utopie n'est pas un rêve, elle est sa douleur !
    bonne journée
    Bernard 

      • Jeudi 24 Janvier 2019 à 14:46

        "Jean Lassalle, un marcheur rêveur et lucide à la fois" : un portrait assez fidèle (à mon modeste avis) qui date de 2013, à lire ICI et dans lequel il résumait parfaitement la situation à laquelle on est confronté en 2019 "Je me demande quel camp politique a aujourd’hui un rôle à jouer tant le pays est fracturé. Je suis au rythme de ma marche et j’avoue vivre mon inquiétude en profondeur… Je veux refléter ce que j’entends. Il ne reste que deux issues pour sortir de la crise : la violence ou l’intelligence du peuple. La première est la plus probable, mais je bataille pour croire encore à la seconde. "... ce qui, effectivement, est assez lucide.

    2
    Jeudi 24 Janvier 2019 à 15:38

    Il est certain que ces prévisions sont à saluer, mais quand des évènements arrivent on trouve toujours des gens à les avoir prévus, et on ne fait pas le bilan de toutes les prévisions erronées. Aron parlait de l'exactitude des prévisions rétrospectives.

      • Jeudi 24 Janvier 2019 à 16:44

        C'est pas faux, surtout en ce qui concerne les prédictions de Nostradamus ou des voyantes ayant pognon sur rue… 

        J'avais entendu parler de l'itinérance rencontrorielle (?) de Jean Lassalle et de ses observations et ses réflexions… du livre de Christophe Guilluy (devenu traitre à l'idéologie "Libé") et de ses conclusions… -et pas du tout l'étude de Flichy et Mathias qui, c'est vrai aborde ce sujet parmi beaucoup d'autres: Europe, Etats-Unis, Russie, Chine, Moyen-Orient et Afrique, etc... ce qui peut en limiter l'importance-  Mais je n'ai pas connaissance de documents aussi précis et documentés qui auraient prophétisé une situation inverse de celle qui est décrite dans ceux cités dans l'article.

         

    3
    Jeudi 24 Janvier 2019 à 16:21
    Pangloss

    Même si la crise des gilets jaunes n'aboutit à rien et surtout si elle n'aboutit à rien, les problèmes demeureront et une nouvelle explosion sera à craindre.

      • Jeudi 24 Janvier 2019 à 17:00

        Même si la crise des gilets jaunes n'aboutit à rien et comme elle n'aboutira à rien, les problèmes demeureront et une nouvelle explosion sera à craindre:

        Un macroniste et une ancienne membre du conseil national de l’UDI sur la liste se réclamant des Gilets Jaunes

         

    4
    Souris donc
    Vendredi 25 Janvier 2019 à 10:08

    Guilluy théorise le concept de France Périphérique, puis la fracture entre élites mondialisées des métropoles et classes moyennes et populaires :

    La classe dominante n’a pas mesuré la désaffiliation culturelle des classes populaires de la France périphérique et des banlieues. Les gens n’attendent plus rien des discours et mobilisations d’en haut. Mépris, condescendance ou paternalisme pour les classes populaires ont entraîné une rupture radicale. Les deux mondes se sont séparés et le monde d’en bas ne reconnaît plus aucune légitimité aux médiateurs politiques, syndicaux, associatifs ou issus du monde intellectuel. P. 83

    Ne croyant plus à la « mondialisation pour tous », ni, encore moins, à « l’ascension sociale pour tous », les classes populaires se recentrent sur l’essentiel, un capital social et culturel protecteur. Cela ne passe pas par la réactivation des modèles idéologiques, mais simplement par des réponses concrètes à un quotidien qu’elles n’ont pas choisi. P. 201

    C'était en 2016.  "Le crépuscule de la France d’en haut"

     

    Je trouve que le interminables débats entre Français et Macron transmis sur les chaînes d'info en continu confirment cette fracture

     

     

     

     

     

      • Vendredi 25 Janvier 2019 à 14:23

        Dans une autre étude ("La France périphérique Comment on a sacrifié les classes populaires") il constate et démontre que, en fait, la France est divisée en trois: des  métropoles qui profitent de la globalisation, une France périphérique de souche et populaire, et les banlieues "ethnicisées" (pour rester correct) et surtout que ces banlieues sont moins déshéritées que la "France périphérique" du fait de leur proximité des métropoles et donc d'un accès plus facile et plus rapide à l'emploi, à tous les services publics (y compris de santé et/ou de sécurité) et aux loisirs et à la culture...

        Ce qui, bien sur, ne peut que "faire le jeu des extrêmes".

        Il n'est pas bon d'avoir raison trop tôt et d'oser le faire savoir contre la libésphère…

         

        Quant au "débat", une petite image valant mieux qu'un long discours:

                

         

         

      • Souris donc
        Vendredi 25 Janvier 2019 à 14:33

        Il montre que les classes moyennes de la France périphérique se prolétarisent, pour disparaître à terme. C'est ce que les Gilets Jaunes ne cessent de déplorer. Sans études universitaires. Par leur vécu.

      • Vendredi 25 Janvier 2019 à 18:10

        Mais, en même temps, un philosophe répondant au doux prénom de Bernard-Henri déclare:

        "... Le populisme est d’abord une forme de découragement démocratique. Nos démocraties sont devenues folles et beaucoup de gens sont déboussolés. Mais arrêtons de sacraliser le peuple. En Europe, le peuple ne doit pas être le seul souverain! Ou, s’il l’est, il doit l’être comme tous les autres souverains: avec des limites, des bornes à sa toute-puissance. La démocratie a besoin de transcendance.

        L’athée que je suis croit à la force des religions, à la force de l’inspiration, à ce qui dépasse les hommes. Si l’on répète: le peuple, le peuple, le peuple… on va tout droit vers une crise de civilisation. Le peuple a aussi ses caprices et les leaders démagogues flattent son bon plaisir…

        Je ne vois pas, au-delà des mesures sociales immédiates, ce que veulent ces manifestants. Je ne vois pas leurs leaders se battre pour la conquête démocratique de nouveaux droits. S’ils sont vraiment désireux de changer les choses, les gilets jaunes devraient participer en masse au grand débat national lancé par Emmanuel Macron. Cela s’appelle la démocratie…"

         

    5
    Souris donc
    Samedi 26 Janvier 2019 à 12:03

    Prémonitoire d'encore plus loin dans le temps : Frédéric Bastiat (1801-1850) :

    L'art de l'imposition est de plumer l'oie pour obtenir le plus de plumes et le moins de cris.

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